Michiel Holthinrichs, Créateur des montres Holthinrichs « Avec l’impression 3D, on peut faire quelque chose de technique et de très beau. »

Architecte de formation, pour Michiel Holthinrichs, créateur des montres Holthinrichs, l’histoire commence avec un intérêt pour le design, les vêtements…et le beau. La capacité à concevoir les choses, acquise tout au long de son éducation, lui permet de créer et d’imprimer en 3D ses montres, aujourd’hui devenues une réelle marque à la portée de connaisseurs.

Aujourd’hui dans l’Opinion de la Semaine, il tient à partager le « pourquoi du comment » mais surtout expliquer le rôle clé qu’occupe l’impression 3D dans cette industrie.

Parlez-nous de vous Michiel et comment vous êtes venu à l’impression 3D?

Pendant mes études d’architecture à Delft, j’ai commencé à m’intéresser au design et au vêtement … Ce fut une période où j’ai pensé à devenir styliste, puis je me suis dit que s’il fallait que je devienne styliste alors je devrais commencer par avoir une belle montre. J’ai donc acheté une montre de poche qui était belle ensuite, j’ai commencé à collectionner des montres jusqu’à environ 200.

Un accent particulier a été mis sur la capacité à concevoir des choses tout au long de mon éducation. Puisqu’il est possible de concevoir une montre soi-même, j’ai décidé de créer mon propre design. Cela m’a pris un an environ. Au moment où j’ai commencé à chercher un producteur aux Pays-Bas, les entreprises me disaient que c’étaient trop précis, trop complexe ou trop peu quantitatif.

J’étais à deux doigts d’abandonner quand j’ai réalisé qu’à Amsterdam en 2014, la première maison a été imprimée en 3D. Alors, je me suis dit, pourquoi ne pas imprimer ma montre ?

De nouveau, j’ai contacté plusieurs entreprises et j’ai été recommandé à un expert qui travaille aujourd’hui chez materialise, d’où ma collaboration avec le géant de l’impression 3D.

Grâce à cet expert, j’ai pu décider du type d’impression 3D que je voulais. Je devais choisir entre le plastique, le moule et le SLM. J’avais besoin de SLM pour sa précision et parce qu’il est possible d’imprimer de l’acier avec. C’était donc la seule option pour moi.

Pourquoi avoir choisi d’imprimer en 3D des montres ?

Je pense que c’est le résultat d’une certaine frustration en architecture … Je collectionnais de vieilles montres parce que je les trouvais très belles.

Pour moi, la montre est le plus beau bijou qu’un homme puisse avoir, sachant qu’il n’en a pas beaucoup.

Avec l’impression 3D, on peut faire quelque chose de technique et de très beau. Or en architecture, (surtout dans ma faculté, on ne peut même pas utiliser le mot « beau ») on ne peut pas vraiment parler de beauté. C’est une notion abstraite et quand vous voulez concevoir, quelque chose, vous devez accomplir un long processus de travail en tant qu’architecte…. De plus, il s’agit toujours d’argent dans ce secteur.

Avec une montre, je peux faire tout ce que je voudrais faire en architecture mais à petite échelle. Ce qui est important pour moi, c’est la capacité de combiner les connaissances acquises en architecture et en matériaux pour fabriquer un ornement très beau et fonctionnel.C’est la raison pour laquelle je devais concevoir des montres … pour faire quelque chose de beau.

Allez-vous procéder à la production de masse ou votre produit sera-t-il toujours disponible sur commande ?

Non, je voudrais qu’il soit reproductible. C’est le plus grand défi dans ce processus : réaliser des montres imprimées en 3D, qui seront exactement les mêmes chaque fois que je les imprimerai en 3D.

Quels sont les avantages et les inconvénients de l’impression 3D dans la fabrication des montres ?

C’est assez difficile parce que lorsque vous imprimez quelque chose, c’est poreux et toujours un peu différent.

Le post-traitement est très difficile et très cher mais l’impression 3D n’est quelque chose de bon marché que si on l’utilise comme un procédé de production.

Elle offre quelques bons avantages : la possibilité de personnaliser chaque objet … il est possible de personnaliser d’une manière que personne n’a jamais vu dans l’industrie de la montre avant.

L’impression 3D offre également beaucoup d’options de design… je pourrais éliminer la masse inutile et à la place mettre des ornements qui ne sont pas possibles de faire conventionnellement.

Selon moi, la prochaine montre sera plus fonctionnelle et plus esthétique.

Vous préparez le lancement de votre premier atelier public. Pourriez-vous me donner plus d’informations à ce sujet ?

Ce n’est pas encore fini. C’est une chance pour moi d’être présent dans un beau bâtiment historique dans le centre de Delft.

Vous savez, lorsque vous êtes en concurrence avec de très grandes entreprises de l’industrie horlogère, vous devez personnaliser encore plus votre service vers le public.

Un magasin qui servirait aussi d’atelier permettrait au public de voir comment je conçois les objets, et de comprendre le prix.  De plus, ils comprendront aussi la touche personnelle de mon produit.

L’atelier est encore en pleine construction, mais il a déjà un très grand effet local.

Pour parler de « prix », comment se passe votre marché en tant que jeune startup ?

J’ai commencé il y a un an et j’ai déjà vendu 18 montres … C’est plutôt bien vu leur prix (€ 3749,00).

De plus, il y a vraiment une sorte de confiance de la part des clients (du monde entier) qui étaient prêts à payer beaucoup ou un acompte alors qu’ils ne me connaissaient pas encore. C’est impressionnant mais je ne peux pas m’attendre à ce que tout le monde le fasse.

Donc, avec l’atelier, je pourrais inviter les gens à voir ce qu’ils paient réellement.

En dehors de l’atelier, quelles sont vos perspectives de développement pour les montres Holthinrichs ? Y a-t-il d’autres projets que vous allez réaliser avec l’impression 3D ?

Pour l’avenir, je voudrais être un producteur de pièces ou un consultant dans ce sens mais, je n’exclus pas les projets qui se rapportent aux bijoux dans leur ensemble, en particulier les bijoux pour femmes que je trouve très fascinants. Ce serait intéressant de travailler sur l’esthétique dans ce contexte.

L’impression 3D est très souvent utilisée dans le secteur de l’architecture. Pensez-vous que cette technologie deviendra un outil essentiel pour les architectes?

Je pense que c’est déjà le cas. Les architectes sont des gens qui regardent toujours hors des sentiers battus. Ils peuvent faire des choses spectaculaires ainsi. Beaucoup de choses peuvent déjà se percevoir dans la construction et l’adoption du processus pourrait aller très vite.

Un dernier mot à ajouter ?

Oui, je connais beaucoup de gens qui investissent dans les technologies SLM mais il n’y a pas beaucoup de clients qui en profitent. L’adoption de l’impression 3D métallique est très lente dans l’industrie et c’est probablement parce que beaucoup d’industries voient dans l’impression 3D un processus de prototypage.

Selon moi, l’impression 3D n’a pas pour but de produire des machines d’impression 3D, mais l’objectif est de fabriquer des machines qui fabriquent un produit qui s’adapte très rapidement à une machine capable de faire le post-traitement, ce qui la rendrait finalement propice à la reproduction. C’est aussi le grand enjeu de la fabrication de mes montres.

Si l’industrie de l’impression 3D pouvait comprendre que cette technologie est une très bonne option au sein de la production, comme partie et non comme objectif, alors, elle serait très rapidement adaptée au marché.

En ce qui concerne l’industrie horlogère, beaucoup d’horlogers voient cette technologie comme un fil conducteur parce que leur métier pourrait être éliminé … et c’est dommage car ils ne réalisent pas les différents avantages au niveau des formes par exemple dont ils pourraient bénéficier… Ils doivent regarder dans cette direction pour espérer de nouvelles formes et de nouveaux modèles dans le futur.

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