Sculpteo fait partie de ces géants qu’on ne présente plus. Leader français dans les services d’impression 3D, ses fondateurs Eric Careel, Clément Moreau et Jacques Lewiner ont traversé les frontières françaises pour faire profiter l’Amérique du Nord de leurs services. Leur présence au salon Add Fab de Paris témoigne des réalisations qu’il faut apprécier mais surtout des opportunités à saisir dans la fabrication additive. Clément Moreau, CEO nous donne son point de vue du marché.

INTERVIEW

Pourriez-vous nous dire un peu plus sur Sculpteo et le projet qu’il y a autour?

Sculpteo est créée en 2009, une période pendant laquelle l’impression 3D prenait ses marques sur le marché, un moment où elle devenait une véritable technologie de manufacturing. On quitte d’anciennes méthodes de prototypage pour de nouvelles méthodes dans la fabrication de vrais objets. Au départ, il s’agissait d’offrir un service (c’est toujours le cas aujourd’hui). On a acheté des machines, créé un site web qui permet à tout utilisateur de passer la commande d’une pièce en ligne et de la faire fabriquer dans un de nos ateliers. Le démarrage n’était pas aisé. Il faut dire que nous avions une stratégie très B2C (Business to Consumers), et donc la vente se faisait directement auprès des particuliers. Simultanément, une vague sur la demande de produits professionnels se met en place et donne pour ainsi dire un bon coup en avant à nos services. Pour parler chiffres, 90% de notre chiffre d’affaires constitue ce service aux professionnels. Cependant, les besoins aujourd’hui ne sont plus seulement du prototypage mais de plus en plus du « manufacturing », des produits fins, la petite série et la première série.

La première série…?

La première série est un domaine que j’adore! Ce sont des startups, ça peut être aussi des gens à l’intérieur d’un groupe plus grand qui veulent lancer un nouveau produit et qui vont faire les 100 premières pièces ou les premières 1000 pièces avec des technologies de fabrication additive.

Quels sont leurs plus grands enjeux?

Faire un moule par exemple afin de réaliser de l’injection plastique nécessite pas mal d’argent mais aussi une certaine agilité dans le travail. On rend de l’agilité pour nos clients qui quelques fois n’ont pas la solution idéale. La partie la plus compliquée de leur planning en effet c’était la boîte en plastique. La réalisation d’un objet connecté par exemple nécessite du soft, une carte électronique et une boîte en plastique mais c’est tout à fait insupportable d’avoir un planning dimensionné par la boîte en plastique. C’est donc ça le problème qu’on a voulu résoudre à la base; c’est de se dire  » cette boîte en plastique comment je fais pour l’avoir, pas en 9 mois, mais en 2 semaines »
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Revenons à votre cible, il s’agit donc des entreprises, des startups et des particuliers?

Aujourd’hui, la cible principale est le startupeur, l’entrepreneur et les innovateurs à l’intérieur des grands groupes. C’est pourquoi les tarifs que nous proposons permettent de réaliser tout type de commande, des commandes de 10 ou 15 euros à celles de 25.000 euros. Nous sommes les seuls sur le marché européen à réaliser ce type de services et ce, avec le même outil industriel. Avec les mêmes outils, nous réalisons des petites pièces qui peuvent juste caler une machine à laver et d’autres qui vont dans l’espace.

Parlant de la qualité des pièces de vos produits, quels sont les retours que vous avez de vos clients? Sont-ils tous satisfaits ou avez-vous déjà été obligés de refaire une pièce pour certains clients?

Evidemment qu’ils sont satisfaits! Après chez Sculpteo, nous avons la volonté première de servir et satisfaire nos clients, donc quand il y a un problème on refait les pièces. Ce qui arrive fréquemment c’est que les gens n’ont pas la bonne attente et cela peut se comprendre. On ne peut ni les blâmer, ni rejeter la faute sur eux car on parle d’un procédé qui est relativement compliqué à imaginer. C’est un objet fini, un objet réel mais ce n’est pas forcément parfait.

Après analyse de l’état actuel du marché de l’impression 3D, quelle est votre observation sur l’avenir de ce secteur d’activité?

Ce qui est certain c’est que nous sommes dans une bonne situation aujourd’hui dans l’impression 3D. Le marché a été assaini. Il y a eu une « grande hype », un gros buzz entre 2012 et 2014 et c’est terminé maintenant. Aujourd’hui, on est dans une situation saine où il y a des boîtes qui se font de l’argent. Il y a cependant des boîtes qui sont mortes et meurent encore mais il y a moins d’argent qui ne sert à rien. C’était quelques fois un peu compliqué de voir tout cet argent qui était investi dans des projets que beaucoup savaient mauvais. Il y a beaucoup de choses qui ont avancé. Il y a des nouvelles techniques qui arrivent qui sont super intéressantes. On a des entreprises telles que HP​ qui apporte vraiment une nouvelle manière de fabriquer du polyamide, des pièces qui sont très bonnes, qui sont plus rapides à fabriquer, donc qui vont coûter moins cher. On peut parler aussi de​ Carbone 3D, qui apporte une nouvelle manière de fabriquer de la résine, de nouvelles résines, des choses qui n’existaient pas avant. Il y a MARKFORGED qui va faire du métal pas cher avec une machine aux alentours de 100.000 Euros; il n’y a pas de machine aujourd’hui qui peut faire du vrai métal à 100.000 Euros. Donc, en 2016 les choses avaient déjà beaucoup avancé, en 2017 ça va l’être encore plus.

Ce n’est donc pas juste un buzz…

ça l’était mais la réalité prend de plus en plus du terrain avec de nouvelles techniques. HP par exemple c’est vraiment de la nouvelle technologie, MARKFORGED c’est vraiment de la nouvelle technologie, Carbone 3D aussi. Il y a un apport de nouvelles technologies dans le chaudron qui fait que ça se met à vraiment bouger. Ce qui n’était pas le cas en 2009 quand on a commencé avec Sculpteo. De 2009 à 2014 on a rien vu venir. Les machines étaient un petit peu intéressantes, mais il y avait pas de nouvelles choses. Là il y a de nouvelles technologies, de vrais nouvelles avancées et je pense que ça c’est assez positif pour le marché.

En parlant du marché de l’impression 3D et du buzz qu’il y a eu entre 2012 et 2014, vous nous faites remarquer que de nombreuses entreprises du secteur ont fermé boutique. Selon quelle est la raison de cet échec?

Il y a eu un gros problème de positionnement des fabricants, parce qu’il y avait beaucoup de fabricants qui avaient le même produit. Si 40 fabricants ont le même produit, c’est un peu compliqué et en général, il y en a qu’un qui survit. Mais en 2014, pas un seul n’a survécu. MAKERBOT cependant est le seul à avoir fait un beau coup financier en vendant sa boîte à plus de 400 millions d’euros.

Pour terminer, que pensez-vous de l’événement Add Fab et de la participation de Sculpteo. Est-ce que Sculpteo va présenter un nouveau produit/service lors de ce salon?

C’est un salon intéressant et c’est toujours intéressant de participer à de tels événements! Aujourd’hui on n’a pas de grande annonce, nous essayons de faire des annonces presque tous les mois. On a de nouvelles matières qui sortent à peu près tous les mois depuis un an et demi. On a des chimistes en interne qui font de la recherche sur de nouvelles matières et des ingénieurs logiciels qui font de la recherche sur de nouveaux moyens de modifier les objets en 3D.

Dans vos perspectives d’avenir, pourrait-on s’attendre à voir Sculpteo créer sa propre imprimante 3D?

On a quelques projets dans les cartons, mais aujourd’hui rien n’est encore vraiment défini dans ce sens là.

Nous vous remercions pour cet entretien qui permet à nos lecteurs de mieux connaître Sculpteo et l’homme derrière cette entreprise.

Je vous en prie!