L’impression 3D a encore ses marques à faire dans l’industrie de la mode. Sylvia Heisel, créatrice de mode associe la technologie d’impression 3D à de nouveaux matériaux pour créer des pièces durables et portables. Elle s’associe à Scott Taylor, un artiste reconnu pour ses sculptures et ses installations en acier.

Ensemble, ils donnent vie à des environnements ou des événements qui mettent en avant le design contemporain, l’art, la mode ou encore les nouvelles technologies.

Conscients de l’importance de la technologie d’impression 3D dans l’industrie de la mode, Ils partagent avec nous leur expérience et le chemin qui reste encore à parcourir pour cette technologie au potentiel inespéré.

 

Sylvia Heisel & Scott Taylor : leur travail et l’impression 3D

Pouvez-vous nous en dire plus sur votre travail et la façon dont vous êtes venus à l’impression 3D ?

Nous développons l’impression 3D pour l’industrie de la mode et l’habillement 3D ainsi que des pièces portables en général.

Pour nous, l’impression 3D est une nouvelle façon de faire des choses parce que la mode tourne autour de ce qui est nouveau, et la technologie est la plus grande industrie majeure au monde.

Dans le secteur de la mode, les femmes assises derrière les machines à coudre sont devenues un processus obsolète. Cela produit énormément de déchets. Alors, la réelle question était de savoir comment nous pouvions utiliser la technologie d’impression 3D pour changer la mode.

Cette nouvelle façon de faire des vêtements ne remplacera pas la couture ou le tricot ; elle serait plutôt une troisième alternative qui offre un potentiel incroyable pour la solution « zéro déchet ». Elle comprend la fabrication à la demande et des matériaux compostables. C’est un changement d’offre numérique qui peut être tracé, mais c’est très tôt.

Nous développons le logiciel et le matériel pour les vêtements imprimés 3D. Le but est de créer des vêtements qui montrent quelles sont les possibilités de l’impression 3D.

Fabrication de vêtements

Quels sont les matériaux que vous utilisez le plus pour fabriquer des vêtements ?

Nous travaillons avec le TPU (polyuréthane thermoplastique), un matériau flexible. Il y a de plus en plus de développement de matériaux compostables, biodégradables et bioplastiques. Ces derniers ont un certain nombre de similitudes chimiques avec le polyester. Aussi, dans l’avenir, l’impression 3D devrait être capable de fabriquer des textiles aussi souples et flexibles que le polyester. Ils peuvent être biodégradables, mais pour l’instant, nous ne pouvons pas les prendre en compte dans notre échelle de mesure.

Sur le plan financier, ils sont très coûteux. Le développement qu’on perçoit en ce moment est celui des matériaux flexibles pour les FDM (machine utilisant le processus de Fused Deposit Modeling).

Pour ce qui est de l’impression 3D pour la mode et les vêtements, le FDM est plus judicieux que le SLA ou SLS en raison des coûts faibles et des bioplastiques flexibles.

Utilisez-vous une imprimante 3D spécialement conçue et fabriquée pour les vêtements ?

Non. Nous avons construit une grande machine qui s’utilise avec toute sorte de textile et nous utilisons également d’autres machines. Nous travaillons surtout avec Ultimaker et Makerbot et nous allons travailler avec d’autres fabricants qui pourraient créer des machines spécifiques pour nos besoins.

Combien de vêtements pouvez- vous imprimer en 3D ?

Pour l’instant, il faut environ 30 heures pour une pièce imprimée. Après, les pièces doivent être assemblées. Le temps d’impression n’est pas du tout le même que le temps de couture. Il est de plus en plus réduit avec les améliorations faites sur la technologie. Il y a deux ans, le temps d’impression était deux fois le temps d’aujourd’hui.

Un projet mis en place en ce moment permet de trouver une solution plus rapide et viable à ce problème de temps.

Rencontrez-vous des difficultés dans votre travail ?

Oui ! Avec l’impression 3D, il y a toujours quelque chose qui pourrait ne pas bien fonctionner. Mais ces problèmes sont réduits au fur et à mesure que la technologie avance. Chaque fois que nous entendons un bruit, nous craignons que quelque chose ne se fasse mal, mais ça s’améliore de plus en plus !

Cible et consommation

Quelle est votre cible principale ?

Notre objectif à ce stade est de travailler avec des entreprises de mode qui souhaitent développer l’impression 3D et des entreprises d’impression 3D intéressées par le développement de vêtements. Nous ne visons pas le consommateur lambda. Il recherche simplement des « trucs sympas ».

Qu’en est-il des expositions ?

Chaque vêtement est une nouvelle innovation. Nous avons fait des vêtements pour des expositions artistiques ; pour d’autres marques de mode, qui voulaient quelque chose conçue avec l’impression 3D.

Nous faisons aussi beaucoup d’enseignement dans les écoles de mode. Nous devons enseigner aux gens qu’il existe une nouvelle façon de faire les choses et dans les écoles de mode, elles n’enseignent pas cela. Elles n’ont pas d’imprimantes 3D destinées aux étudiants en arts ; elles ne laissent que les ingénieurs les utiliser. Nous voulons créer un nouveau marché et susciter l’intérêt.

Quelle est votre création la plus réussie ?

Le manteau. Il fallait avoir un vêtement dont la taille devait convenir pour une certaine femme et nous l’avons créé en taille unique. Ce n’est pas fragile.

 L’impression en 3D devient moins étrange pour les personnes qui portent quelque chose qui a été imprimée en 3D. On pouvait lui donner le style qu’on voulait et dire « c’est à cela que ressemble un vêtement imprimé en 3D« .

Images via Heisel.co

Marché de l’impression 3D

 En général, que pensez-vous de l’utilisation de l’impression 3D sur le marché de la « fashion tech » ? Ce n’est pas encore un marché mature. À l’heure actuelle, pour la mode, il s’agit d’échantillons, de prototypes, d’accessoires de clients et de pistes. La technologie n’est pas encore prête pour la production, dans cinq ans, elle le sera. Au rythme auquel on va, ce sera une autre façon de rendre les prix compétitifs. Serait-ce un bon avantage pour augmenter les ventes ? Le consommateur ne s’intéresse pas à la façon dont les choses sont faites. Le consommateur s’intéresse à la façon dont le produit est, à sa beauté et à la façon dont il le porte. Cependant, du point de vue de la fabrication, vous pouvez faire quelque chose que vous n’avez jamais fait avant. Vous pouvez personnaliser … et c’est superbe.

 

Perspectives de développement

Pourrions-nous nous attendre à une nouvelle création dans les prochains mois ?

Nous avons une pièce que nous faisons maintenant pour une exposition à Londres : la conférence Wired Energy qui aura lieu en octobre. Ce sera une première à découvrir. #Restezconnectés