Archive — Ce dossier présente des entretiens réalisés en 2019 avec LEO Lane, Identify3D et DigiFabster. Les fonctions, offres et chiffres cités correspondent à cette période.
Les solutions SaaS (Software as a Service) donnent accès à des applications hébergées par un fournisseur. Pour une entreprise de fabrication additive, leur intérêt dépend des fonctions proposées, de leur intégration au workflow et des conditions de gestion des données. Comment choisir une offre adaptée à ses besoins ?
Nous avons discuté de ce dossier avec LEO Lane, Identify3D et DigiFabster.
LEO Lane contrôle, protège et suit les fichiers des produits fabriqués de manière additive.
Identify3D fournit à ses clients des solutions logicielles qui répondent à leurs besoins en matière de sécurité, IP, qualité, authenticité et traçabilité.
Dans la présentation faite pour ce dossier, DigiFabster explique que son logiciel automatise une partie du travail de chiffrage d’un ingénieur commercial. L’estimation initiale repose sur des règles de calcul ; la préparation technique détaillée intervient ensuite pour préciser les conditions et les coûts de production.

Commençons par le tout début. Une solution SaaS est un modèle de distribution d’applications/logiciels dans lequel un fournisseur tiers héberge certaines applications et les met à disposition des clients sur Internet.
Un rapport de BetterCloud publié en 2019 reprend une moyenne de 16 applications SaaS utilisées en 2017, en hausse de 33 % sur un an. Il rapporte aussi que 73 % des organisations interrogées prévoyaient que la quasi-totalité de leurs applications seraient SaaS en 2020. Il s’agit d’une prévision historique, pas d’une mesure actuelle ni spécifique à la fabrication additive.
Le choix doit partir d’un besoin défini : une application disponible en ligne ne répond pas nécessairement aux contraintes de toutes les entreprises.
La CAO, la simulation, la gestion du workflow et la protection de la propriété intellectuelle désignent des fonctions. Le SaaS désigne un mode de fourniture du logiciel. Ces deux dimensions doivent être distinguées pour comparer des offres qui répondent au même besoin.
Deuxièmement, pour obtenir une adéquation appropriée entre les besoins d’une entreprise et une solution SaaS, les utilisateurs prennent généralement en compte quatre aspects mesurables : disponibilité, fiabilité, évolutivité et sécurité.
Que pensent les experts de ces éléments de mesure ?
Afin de trouver la solution qui convient à une entreprise particulière, Lee-Bath Nelson, cofondatrice et VP Business chez LEO Lane donne un aperçu intéressant sur les avantages des solutions SaaS en général et les caractéristiques à considérer dans l’industrie de la FA en particulier :

« En général, les principaux avantages des solutions SaaS que tout le monde connaît sont : le fait qu’il n’y a pas besoin d’installer quoi que ce soit, la flexibilité de la solution, le fait que le logiciel est toujours à jour et peut être mis à jour sans interrompre le travail de l’entreprise.
Une spécificité de la FA est que les connaissances en FA sont généralement fragmentées. Ainsi, dans les workflows, il peut y avoir de nombreux participants et un avantage que nous devons reconnaître ici est que tous les participants n’ont pas à installer la solution et ils peuvent tous utiliser la même version de la solution SaaS.
En ce qui concerne les différentes caractéristiques qu’une entreprise devrait considérer avant de choisir une solution SaaS, je dirais que chaque entreprise devrait examiner ses politiques et procédures d’entreprise et s’assurer qu’elles ne sont pas perturbées par un logiciel et qu’elles peuvent intégrer le logiciel donné autant que possible à tous les autres logiciels existants. Pour les fournisseurs de services (bureaux de services d’impression 3D), il est important de tenir compte des politiques d’entreprise de leurs clients.
L’un des meilleurs exemples en matière de SaaS, c’est que leur utilisation devient évidente à un moment donné. Beaucoup d’entreprises ne s’intéressent pas aux logiciels SaaS, mais elles ne veulent pas que leurs fichiers imprimables en 3D apparaissent dans un autre nuage.
Un autre aspect est la flexibilité. C’est vrai pour tous les logiciels, mais lorsqu’il s’agit de SaaS, l’utilisateur a la possibilité de mettre à jour à tout moment si le logiciel est très agile et réagit très rapidement à un marché en évolution. L’écosystème de la FA change très rapidement. Il est donc important de choisir un logiciel avec une architecture forte et cela tient compte du fait qu’il est dans le cloud et vous donne une solution à jour. »
La réactivité du support et la disponibilité du service sont deux critères distincts. Dans cet entretien, Peter van der Zouwen, CPO de DigiFabster, invitait à examiner la préparation du fournisseur face aux incidents. Il indiquait pour son équipe un délai médian de première réponse de quatre minutes, mesuré par Intercom, ainsi qu’une moyenne de trois améliorations suggérées par les utilisateurs chaque semaine. Ces chiffres déclarés en 2019 ne constituent pas un engagement de service actuel.

Joe Inkenbrandt, CEO d’Identify3D, nous donne un aperçu de ce que leurs clients attendent d’un fournisseur de solutions SaaS, ce qui peut se résumer en trois mots : sécurité, répétabilité et traçabilité. Évidemment, les attentes varient d’un client à l’autre et sont influencées par une technologie de FA spécifique. En prenant l’exemple des bureaux de service d’impression 3D, le co-fondateur d’Identify3D l’explique :
« les clients s’inquiètent de leur propriété intellectuelle. C’est pourquoi, ils veulent s’assurer que leur chaîne d’approvisionnement numérique est sécurisée tout au long du processus. En ce qui concerne la répétabilité, ils veulent s’assurer de la façon dont nous la produisons sur une imprimante 3D une fois qu’ils ont un produit. Dans deux ans, si quelqu’un d’autre tente de l’imprimer, il devrait pouvoir le faire exactement de la même façon qu’il l’a fait auparavant, avec la même qualité. Quant à la traçabilité, nous devrions être en mesure d’enregistrer et de comptabiliser tout ce qui a été fabriqué à la demande. »
La répétabilité de fabrication nécessite aussi une maîtrise du procédé, du matériau et du contrôle qualité ; elle ne résulte pas du seul choix d’un logiciel.
Pour examiner la sécurité, demander comment sont gérés les accès, le chiffrement, l’isolation des clients, les sauvegardes et la reprise après incident. La localisation des données, les sous-traitants et les possibilités d’export doivent aussi être documentés. La présence d’un centre de données dans un pays ne suffit pas à établir où tous les traitements ou accès ont lieu.
Problèmes et applications critiques
Bien que l’on puisse penser que les fournisseurs de SaaS partagent les mêmes problèmes et les mêmes préoccupations dans leur parcours, ils ne le font pas. Cela peut être compréhensible puisqu’il existe différents types de solutions SaaS. Les participants à ce dossier partagent différentes situations auxquelles ils pourraient être confrontés lorsqu’ils fournissent leurs services ou les défis rencontrés par leurs clients.
Commençons par DigiFabster. Pour mieux expliquer leurs défis, Peter van der Zouwen décrit d’abord leur service :

« Notre objectif est d’augmenter le chiffre d’affaires de nos clients et de réduire leurs frais généraux de vente. Nous ne sommes pas impliqués, par exemple, dans l’optimisation des stratégies de balayage pour les applications laser (métal AM, SLS) ou la génération de g-code (FDM, CNC).
Au début du cycle de ventes d’une pièce imprimée, les deux parties peuvent consacrer beaucoup de temps à déterminer les capacités et les souhaits de l’autre partie. Les politiques de transparence du côté de l’acheteur réduisent les chances que cet investissement dans le temps rapporte : en règle générale, il y a au moins 3 fournisseurs invités pour chaque appel d’offres, c’est donc un pari 3:1 contre le fournisseur lorsqu’il investit dans le travail pour faire une offre.
Comme ces coûts doivent être récupérés d’une manière ou d’une autre, ils se retrouveront dans le prix de la prochaine offre, ce qui réduira la probabilité que cette offre mène à une vente. Ce cercle vicieux peut être brisé avec un logiciel de devis comme DigiFabster, qui réduit le coût par devis à une fraction d’un devis fait par l’homme.
Le logiciel DigiFabster émule les actions et le flux de travail d’un ingénieur commercial, mais beaucoup plus rapidement et donc à moindre coût. Le logiciel ne génère pas de g-code pour calculer le coût d’une pièce jusqu’au dernier chiffre avant de proposer – et l’ingénieur commercial non plus – mais il fonctionne selon la règle empirique. Une fois l’offre acceptée, l’investissement réel en main d’œuvre d’ingénierie peut être fait pour optimiser les coûts de production et la qualité du produit. »

Cela dit, le cofondateur de DigiFabster estime que le plus grand défi d’un fournisseur SaaS est de « gagner la confiance ». « Faire confiance à une solution, qui restera une boîte noire même pour un développeur expérimenté, faire confiance aux technologies basées sur le web. »
Face à leurs clients, la collecte de données est souvent mal interprétée dans le travail de DigiFabster. L’entreprise explique : « étant donné notre structure de données, il s’agit principalement d’un point de perception, nous ne recueillons pas, par exemple, d’informations sur les cartes de crédit, mais l’idée que cela pourrait être un problème éloigne les clients potentiels et les utilisateurs finaux ».
Lee-Bath Nelson de son côté, n’a mentionné aucun problème que LEO Lane pourrait rencontrer dans son voyage. Parlant des solutions SaaS en général et de ce qui est crucial pour les utilisateurs, la cofondatrice a mis l’accent sur le fait que « ne pas détenir le fichier » est un problème majeur.
« C’est une question d’intégrité et de maintien de l’exactitude et de la cohérence du dossier sans que personne ne le modifie par erreur.
Certains logiciels SaaS exigent que l’utilisateur conserve le fichier avec lui, ce qui n’est pas souhaitable pour [certaines] entreprises et certains logiciels comme le nôtre peuvent se passer de fichiers. L’adoption est donc beaucoup plus facile en termes de politiques d’entreprise. C’est donc un gros avantage du SaaS si cela se fait de cette façon.
Et si vous détenez des fichiers dans le nuage, alors les entreprises ont généralement besoin d’une forme de sécurité supplémentaire, pas seulement d’un cryptage standard… et c’est aussi quelque chose à considérer. »
Perspectives d’avenir
Les offres spécialisées peuvent répondre à des besoins précis, mais leur utilité doit être vérifiée sur les données, les équipements et les contraintes de l’entreprise.
Un essai sur un workflow représentatif permet de vérifier les échanges de données, les droits d’accès et les limites fonctionnelles avant un déploiement plus large.
Les comparatifs peuvent aider à établir une présélection. Ils ne remplacent pas une démonstration sur un cas réel, l’examen du contrat et la vérification des modalités de récupération des données.
L’usage du cloud ne garantit pas à lui seul la conformité au RGPD. Si des données personnelles sont traitées, les responsabilités, les garanties du fournisseur et les transferts éventuels doivent être examinés. La CNIL détaille les points de vigilance liés au choix d’une architecture, dont la sécurité, la localisation et la réversibilité.
Le bon choix associe donc adéquation fonctionnelle et maîtrise des dépendances : intégration, continuité du service, sécurité, coût et possibilité de changer de fournisseur.
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