Lorsqu’on cartographie la fabrication additive dans le secteur de l’énergie, une poignée de noms revient systématiquement sur notre radar : Shell, Equinor, Kongsberg Ferrotech, SINTEF, Gassco et Vår Energi. Si l’on met Shell de côté, un fil conducteur relie les autres noms : la Norvège, ce qui souligne la force de la région dans l’industrialisation de la fabrication additive pour le secteur pétrolier et gazier.
Plusieurs de ces acteurs ont même uni leurs forces pour standardiser la fourniture numérique de pièces détachées imprimées en 3D. Ce consortium réunit notamment Vår Energi, une société indépendante spécialisée exclusivement dans l’amont pétrolier et gazier (upstream). Elle joue un rôle central dans l’accès fiable, abordable et durable à l’énergie.
De la R&D au terrain
Le titre de Trine Boyer est « Portfolio On-demand & AM Implementation Lead ». En pratique, cela signifie exactement ce que cela dit : le déploiement complet de la fabrication additive au sein de Vår Energi. Elle a mis des années à en arriver là, d’abord chez Total Energies, où elle a commencé à travailler sur la fabrication additive en 2020, puis chez Vår Energi, qu’elle a rejoint en 2022.
Pendant trois ans, ses collègues et elle ont exploré la fabrication additive et les inventaires numériques depuis la R&D. L’entreprise a ensuite décidé de faire évoluer ce positionnement, faisant ainsi passer Boyer de la recherche au terrain.
Vår Energi est, selon les mots de Boyer, une jeune entreprise aux racines anciennes : créée en 2018 de la fusion des activités amont norvégiennes d’Eni et de Point Resources (cette dernière détenant les anciens actifs norvégiens d’ExxonMobil), puis renforcée en 2024 par l’acquisition du portefeuille norvégien de Neptune Energy.
Du pilote à l’industrialisation

Lorsqu’on entend qu’une entreprise « utilise la fabrication additive dans l’ensemble de ses activités », on a tendance à imaginer un environnement de production où les imprimantes tournent à plein régime. Pour les entreprises du secteur de l’énergie, cette image est souvent erronée, et Vår Energi ne fait pas exception.
Comme beaucoup d’entreprises adoptant cette technologie, Vår Energi affiche pour ambition l’industrialisation de la fabrication additive. Mais ce mot signifie des choses différentes selon les interlocuteurs, et la définition de Boyer a le mérite d’être dénuée de tout romantisme : « L’industrialisation, ce n’est ni un nombre d’imprimantes ni un pourcentage de pièces imprimées. C’est un résultat : la bonne pièce, qualifiée pour son usage (ni sur-dimensionnée, ni sous-dimensionnée), au coût le plus bas, livrée dans les temps, avec les émissions les plus faibles possibles, produite au plus près du site. »
Il revient à l’opérateur de définir le résultat attendu et de laisser le fournisseur choisir la méthode de fabrication. Si cette méthode est l’usinage CNC, tant mieux. Si c’est le forgeage, tant mieux également. La fabrication additive est utilisée là où elle est pertinente uniquement.
« Nous sommes passés, dit-elle, d’une situation où nous courions partout pour demander à tout le monde d’imprimer, à une situation où nous disons aux fournisseurs : « print what is suitable » [imprimez ce qui convient]. »
Contrairement aux entreprises dont la philosophie est « si cela peut être imprimé, cela doit être imprimé », le principe du « print what is suitable » [imprimer ce qui est pertinent] permet de faire que la pièce arrive au coût le plus bas, dans le délai le plus court et avec les émissions les plus faibles. Cela peut sembler être un changement mineur, mais ses conséquences opérationnelles sont considérables.
Une chose est claire : Vår Energi ne gérera jamais son propre atelier de production en fabrication additive. En tant qu’opérateur, son expertise est la production de pétrole et de gaz. L’entreprise possède néanmoins des imprimantes pour faire progresser sa courbe d’apprentissage. Ces imprimantes 3D sont réparties dans différents bureaux et prises en charge par des « AM Ambassadors » internes, des collègues qui aident à faire fonctionner les machines et à former les autres.
Quelle valeur, quelles limites
Dès le départ, la stratégie de déploiement de Vår Energi a été construite sur une collaboration étroite avec ses fournisseurs. Depuis 2022, cela inclut une collaboration avec Fieldnode, dans le cadre d’un effort plus large du secteur visant à standardiser les fichiers numériques de pièces entre opérateurs concurrents.
La logique repose sur un inventaire numérique partagé, des chaînes d’approvisionnement qualifiées, des délais plus courts et une meilleure traçabilité ; des thèmes que 3D ADEPT Media suit de près dans les secteurs de l’énergie et du maritime.
Leur compétence, leur fiabilité, leur flexibilité et leur capacité à s’adapter au quotidien de Vår Energi contribuent à faire avancer l’agenda de la fabrication additive au sein de l’organisation.
Le défi, dans ce parcours, reste les fournisseurs. Si chaque fournisseur arrivait avec une liste claire (des pièces, des délais et des méthodes de production), le reste suivrait, estime-t-elle. Certains fournisseurs sont très matures ; d’autres beaucoup moins. Faire évoluer ces mentalités constitue le véritable travail.

Elle compare cette transformation à l’arrivée de Netflix, Amazon ou Spotify : un changement porté par l’utilisateur final, dans une industrie qui est, selon ses propres mots, profondément traditionnelle pour de bonnes raisons, car ce qui a fonctionné a aussi permis d’assurer la sécurité des personnes.
Le point encourageant est que l’écart de confiance concernant les pièces elles-mêmes se réduit. La documentation montre désormais que les propriétés d’une pièce imprimée tiennent la route. La NASA utilise la fabrication additive. L’aviation aussi. L’industrie automobile également. Le secteur pétrolier et gazier, selon elle, peut lui aussi lui faire confiance.
Interrogée sur la seule chose qu’elle changerait dans la manière dont l’industrie de la fabrication additive sert des opérateurs comme Vår Energi, sa réponse est simple : que les fournisseurs livrent, tout simplement ; toujours dans les temps, avec les émissions les plus faibles, sur site.
Elle approfondira le sujet lors du Technology Talk organisé par Formnext, où elle abordera la manière de déployer la fabrication additive dans l’industrie pétrolière et gazière du point de vue de l’opérateur. Si vous souhaitez comprendre où se dirige réellement la fabrication additive industrielle dans le secteur de l’énergie, c’est une conversation à ne pas manquer.
* Toutes les images : Courtoisie de Vår Energi AS | Contenu créé en collaboration avec Formnext.






