Les occasions de mettre en lumière la fabrication additive industrielle en Afrique ne sont pas légion, et quand on trouve une entreprise qui la prend vraiment au sérieux, difficile de passer à côté. RusselSmith en fait partie.
La société nigériane vient de confirmer être en discussions avec la Ghana Maritime Authority (GMA) en vue d’introduire ses capacités de fabrication additive dans le secteur maritime ghanéen. Ce partenariat potentiel, facilité par le Commonwealth Enterprise and Investment Council (CWEIC), a été formalisé lors d’une visite de courtoisie à la GMA à Accra, où le co-fondateur et CEO de RusselSmith, Kayode Adeleke, a défendu l’idée d’un changement de paradigme régional dans la façon dont l’Afrique de l’Ouest produit et entretient ses actifs maritimes critiques.
L’argumentaire repose sur un constat sans détour qu’Adeleke a posé clairement lors de cette visite : l’Afrique ne représente qu’environ 2 % du marché mondial de la fabrication additive — un marché évalué à quelque 32 milliards de dollars en 2024. Cet écart, a-t-il soutenu, n’est pas qu’une statistique.
Il traduit une dépendance structurelle : des pièces de rechange approvisionnées à l’international, des délais d’attente prolongés, des coûts logistiques élevés, et des industries exposées à la moindre rupture de chaîne d’approvisionnement. Le Directeur général de la GMA, le Dr Kamal-Deen Ali, a signalé une convergence de vues claire avec la proposition de RusselSmith, soulignant qu’elle s’inscrit dans l’ambition du Ghana de devenir une grande « Blue Nation » en plaçant la sécurité maritime et la durabilité environnementale au cœur de ses priorités.
Ce qui rend cette annonce crédible, c’est le bilan que RusselSmith construit discrètement depuis plusieurs années, et la cadence à laquelle ce bilan s’est accéléré en 2025.
Nous avions couvert la société lors de son partenariat avec SPEE3D, où elle se positionnait explicitement comme revendeur et intégrateur de solutions FA en Afrique de l’Ouest. Nous avions également relayé sa collaboration avec 3YOURMIND pour constituer un inventaire numérique de pièces destiné au secteur pétrolier et gazier nigérian. Ces partenariats témoignaient d’une approche méthodique pour construire une capacité FA de bout en bout : identifier les pièces viables, les qualifier pour la production additive, fabriquer localement, et gérer les stocks de façon numérique.
Cette base s’est considérablement renforcée l’année dernière. En septembre 2025, RusselSmith et CEAD ont annoncé une collaboration stratégique pour introduire des technologies de fabrication additive grand format sur les marchés africains, RusselSmith étant désigné partenaire exclusif de déploiement régional pour les systèmes LFAM de CEAD dans des territoires définis d’Afrique de l’Ouest. Les secteurs ciblés : maritime, défense, construction et énergie : exactement ceux qui font aujourd’hui l’objet des discussions avec le Ghana.
Un mois plus tard, en octobre 2025, Caracol et RusselSmith ont signé un partenariat stratégique pour déployer la technologie de fabrication additive par arc électrique robotisé (WAAM) de Caracol sur les marchés clés d’Afrique de l’Ouest, avec l’objectif affiché d’établir un hub de fabrication avancée de classe mondiale dans la région.
Deux partenariats technologiques majeurs en l’espace de deux mois. Les deux ciblant la FA grand format. Les deux ancrés dans des secteurs où la disponibilité des pièces et les délais de livraison ont un impact opérationnel direct.
Les discussions avec le Ghana s’inscrivent pleinement dans cette logique. RusselSmith s’apprête à mettre en service l’Omnifactory, la première installation industrielle multi-technologies de fabrication additive au Nigeria, à Lagos, avec des plans pour développer un Mega Omnifactory plus tard cette année, et le Ghana est envisagé comme prochain marché potentiel.
L’application maritime est concrète : FA grand format pour produire des embarcations allant jusqu’à 12 mètres de longueur, impression locale de pièces de rechange, et bibliothèque numérique de composants pour réduire la dépendance aux approvisionnements internationaux. Une dimension d’économie circulaire se dessine également, avec l’utilisation de minerai de fer local raffiné en matière première pour l’impression industrielle.
Du côté de la GMA, la prochaine étape interne consiste à désigner un interlocuteur dédié pour évaluer la faisabilité technique. Les discussions se poursuivent.
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