Post-traitement des pièces polymères imprimées en 3D: service d’appoint ou activité à part entière ?

Vous dîtes « post-traitement d’une pièce imprimée en 3D » et je suis prête à à parier que la première chose qui vienne à l’esprit de la plupart des gens, ce sont les pièces métalliques et toutes les étapes parfois nécessaires avant qu’une pièce ne soit considérée comme finie : traitement thermique, CIC (HIP), retrait des supports, finition de surface, etc.
Le post-traitement des pièces polymères imprimées en 3D est, selon nous, un sujet qui ne bénéficie pas toujours d’échanges aussi approfondis que le post-traitement des pièces métalliques.
Dans cet avis d’experts, nous avons tenté une approche différente. Au lieu de poser la même question à chaque contributeur, nous en avons mis six sur la table et laissé chaque expert choisir celle sur laquelle il avait le plus à dire. Les questions portaient sur la responsabilité, les modèles économiques, les tâches les plus sous-estimées et tout ce que les non-expérimentés ne considèrent pas toujours.
Voici leurs réponses.

Parmi toutes les tâches de post-traitement des pièces polymères imprimées en 3D, laquelle considérez-vous comme la plus sous-estimée, et pourquoi ?

Alessandro Tenderini, CEO, 3D printing service bureau Weerg.
Alessandro Tenderini, CEO, 3D printing service bureau Weerg.

« Le dépoudrage et le nettoyage après impression. On pense que c’est anodin : les pièces sortent, on retire la poudre, elles sont prêtes. En réalité, il s’agit de deux étapes distinctes, et toutes deux déterminent si un objet imprimé devient une pièce industrielle fiable.
La première est le dépoudrage : retirer la poudre non fusionnée du bac de fabrication. La vraie difficulté, c’est l’automatisation. Les géométries que permet l’impression 3D sont si variées et si complexes (trous borgnes, filetages internes, canaux internes, structures en treillis) qu’aucune routine automatisée ne parvient à toutes les nettoyer de manière fiable.
La seconde est le microbillage, l’étape de traitement de surface qui suit. La difficulté ne tient pas au réglage de la machine, mais à l’accessibilité. Le microbillage fonctionne en ligne directe : les contre-dépouilles, les zones en retrait et les structures en treillis sont précisément les endroits que l’abrasif ne peut pas atteindre et où la poudre subsiste.
Le type, la taille et la dureté de l’abrasif restent importants (trop agressif, il endommage les détails ; trop doux, il laisse la pièce sale), mais sur des géométries complexes, le facteur limitant est de savoir si on peut physiquement nettoyer les surfaces. C’est pourquoi l’automatisation seule ne suffit pas : il faut une inspection après le microbillage, et une finition manuelle partout où l’abrasif n’a pas pu accéder.
Pourquoi le plus sous-estimé, plutôt que la finition ? Parce qu’il n’apparaît jamais sur un plan. Personne ne le chiffre explicitement, personne ne lui attribue de tolérance, et on le traite comme du travail manuel plutôt que comme un procédé. C’est précisément pour cela qu’il se prête mal au passage à l’échelle. À faible volume, un opérateur qualifié masque le problème.
À l’échelle industrielle, il devient un problème d’ingénierie des procédés à part entière, avec un impact direct sur la qualité, les coûts et les cadences. Bien maîtrisé, il est invisible. Mal maîtrisé, c’est le goulot d’étranglement qui limite votre capacité à passer à l’échelle. »

Pensez-vous que le post-traitement en tant que service puisse constituer à lui seul un modèle économique viable dans la fabrication additive polymère, ou n’a-t-il de sens commercial que lorsqu’il est associé à l’impression ?

Daniël Hoogstraate, 3D printing service bureau Tenco DDM.
Daniël Hoogstraate, 3D printing service bureau Tenco DDM. | FR: Daniël Hoogstraate, bureau de services d’impression 3D Tenco DDM.

« Je pense que cela n’a de sens que lorsque le post-traitement est proposé comme un service complémentaire aux services d’impression. C’est particulièrement vrai pour certaines technologies de fabrication additive comme le frittage laser, où le marché fait face à une concurrence féroce sur les prix et les délais, ce qui se traduit par des marges faibles. Proposer des services de post-traitement donne donc à un prestataire l’occasion de générer du chiffre d’affaires et de la marge supplémentaires.
Du point de vue du client, il est également plus logique de confier la production en fabrication additive et le post-traitement à un seul prestataire plutôt que de gérer des fournisseurs distincts, car cela évite une complexité inutile dans sa chaîne d’approvisionnement.
Il est plus avantageux de traiter avec un seul prestataire, notamment en matière de responsabilité lorsqu’un problème survient sur les pièces livrées : cela évite que les différents prestataires se renvoient la balle.
Le seul cas où, selon moi, le post-traitement en tant que service autonome aurait du sens, c’est lorsqu’il s’agit d’un post-traitement hautement spécialisé destiné à un marché de niche. »

Le post-traitement en tant que service peut-il constituer à lui seul un modèle économique viable dans la fabrication additive polymère ?

Giorgio Ioannides, VP Sales & Marketing, Post-processing company AMT
Giorgio Ioannides, VP Sales & Marketing, Post-processing company AMT | FR: Giorgio Ioannides, VP Ventes & Marketing, entreprise spécialisée dans le post-traitement AMT

« Ma réponse honnête, c’est que cela dépend, et je pense que quiconque répond par un simple oui ou non passe à côté de nuances importantes.
En réalité, la plupart des clients préfèrent un guichet unique. Faire imprimer, finir et expédier ses pièces par un seul fournisseur réduit les frictions logistiques, raccourcit les délais et offre au client un interlocuteur unique en matière de responsabilité. D’un point de vue commercial, ce modèle intégré est presque toujours la proposition la plus simple et, franchement, la plus sûre pour le fournisseur également.
Cela dit, je crois effectivement que le post-traitement en tant que service autonome peut fonctionner, mais uniquement lorsqu’il repose sur une capacité véritablement différenciante. Des services de finition spécialisés, comme la peinture haut de gamme, l’assemblage ou la réalisation de maquettes, fournis avec un niveau de savoir-faire que très peu de concurrents peuvent égaler, donnent aux clients une vraie raison de se tourner vers un prestataire précisément pour cette expertise. Le mot clé ici, c’est la différenciation.
Le risque le plus important lorsqu’on opère uniquement comme finisseur est toutefois un sujet dont on ne parle pas assez. Lorsque les pièces arrivent avec des défauts d’impression ou des problèmes de qualité en amont, le prestataire de finition intervient généralement en dernier dans le processus et est donc souvent le premier blâmé lorsque le produit final n’est pas à la hauteur. Ce flou en matière de responsabilité crée un risque à la fois commercial et réputationnel.
Ma position est la suivante : pour la plupart des entreprises, le modèle du guichet unique offre un meilleur contrôle, une proposition client plus solide et un risque global plus faible. Mais pour les entreprises dotées d’une capacité de finition vraiment exceptionnelle et différenciante, un modèle de post-traitement en service autonome peut tout à fait être viable.
C’est la finition elle-même qui doit amener les clients à venir vers vous. »